ET SI… ?

Lettre de la Directrice Générale de la Fondation Bill & Melinda Gates
Sue Desmond-Hellmann Président-directeur général, Fondation Bill & Melinda Gates

Une question nous rassemble, nous tous qui travaillons pour la Fondation Gates. Cette question, c’est : et si… ?

Et si les maladies infectieuses ne faisaient plus de ravages chez les populations pauvres ? Et si l’on donnait aux femmes et aux petites filles du monde entier les moyens de changer leur vie ? Et si tous les enfants – surtout les moins favorisés – avaient tous les mêmes chances d’atteindre leur plein potentiel ?

Depuis plus de 15 ans, la Fondation Gates imagine les solutions possibles. Notre conviction que toutes les vies ont la même valeur guide toutes nos actions pour éradiquer la pauvreté et ouvrir de nouvelles voies aux populations que nous aidons.

Visite chez Dhanmatia Devi et ses enfants à son domicile, dans le quartier de Patna, dans l’État du Bihar, en Inde.
Visite à l’école élémentaire de White Center Heights à Seattle, dans l’État de Washington.
Photo Gauche : Visite chez Dhanmatia Devi et ses enfants à son domicile, dans le quartier de Patna, dans l’État du Bihar, en Inde.
Photo de Droite : Visite à l’école élémentaire de White Center Heights à Seattle, dans l’État de Washington.

Tout au long de ma carrière, y compris au cours des 14 années passées chez Genentech, je me suis efforcée de rapprocher santé et innovation. Le moteur de toutes mes actions réside dans la conscience que des vies humaines sont en jeu, et que nous avons la capacité de faire changer les choses.

Cela fait deux ans que j’ai rejoint la Fondation Gates en tant que directrice générale. J’y suis depuis suffisamment longtemps pour porter une réflexion, mais je me considère toujours un peu comme une nouvelle arrivante.

Certaines facettes de notre identité, de notre action et de notre manière d’agir ne sont pas aussi claires qu’elles devraient l’être. Je ne peux pas aborder ici tous les sujets, mais cette lettre a pour objet de clarifier certains de ces aspects en vous donnant des exemples de notre travail, y compris dans des domaines que vous n’auriez peut-être pas soupçonnés.

Certaines initiatives progressent mieux que nous ne le pensions. D’autres ouvrent des possibilités qui pourront vous surprendre. Nous avons dû également rectifier notre trajectoire en cours de route lorsque nous peinions à trouver la meilleure solution à des problèmes complexes.

Je veux que cette lettre marque le début d’un nouveau dialogue avec nos partenaires, avec ceux qui suivent nos actions et avec les autres optimistes, autour du défi, à la fois galvanisant et incitant à la modestie, que constitue cette navigation en mer des possibles.

Notre mission : Permettre à davantage d’enfants et de jeunes de survivre et de s’épanouir. Nous en sommes convaincus : le chemin pour s’extirper de la pauvreté commence là où la génération suivante a accès à des soins de santé et d’éducation de qualité.
Notre mission : Donner aux plus pauvres, en particulier aux femmes et aux filles, les moyens de transformer leur existence. Nous en sommes convaincus : c’est en donnant aux personnes les outils dont elles ont besoin pour mener des vies saines et productives que nous pourrons les aider à s’arracher à la pauvreté.
Notre mission : Lutter contre les maladies infectieuses qui affectent particulièrement les plus démunis. Nous en sommes convaincus : il est possible de sauver des vies en mettant les derniers développements scientifiques et technologiques à la disposition de ceux qui en ont le plus besoin.
Notre mission : Être une source d’inspiration pour changer le monde. Nous savons que nos ressources à elles seules ne suffisent pas ; c’est pourquoi nous travaillons pour changer les politiques publiques, les attitudes et les comportements en vue d’améliorer les conditions de vie.

Bill et Melinda guident notre vision et donnent une visibilité mondiale à des priorités absolues. Pour ma part, je consacre toutes mes compétences et tout mon enthousiasme à la direction de la fondation et à la multiplication des moyens qui nous permettront de concrétiser notre vision.

En tant que fondation, nous alignons nos positionnements et nos stratégies sur les objectifs mondiaux partagés. Nous nous efforçons aussi de nous adapter à l’évolution du monde et de faire face aux nouveaux défis qui émergent. En présence de pandémies comme le virus Zika, par exemple, nous devons agir rapidement avec nos partenaires en raison de l’urgence de la situation. Nous voulons aller plus vite et plus loin que jamais.

En conséquence, nous prenons des risques que d’autres ne peuvent pas prendre ou ne prendront pas. Cela suppose aussi de s’appuyer sur ce que nous savons pour aborder les problèmes d’une manière innovante. Je me suis ainsi penchée sur ce qui pouvait advenir si les principes de la médecine de précision étaient appliqués au champ de la santé publique.

Nos actions reposent avant tout sur des partenariats, et nous devons tous exploiter au maximum nos atouts. De plus en plus, la force de la Fondation Gates se manifeste comme la capacité à rassembler les gens.

À la direction de la fondation, nous consacrons une large part de notre temps à nouer des relations avec les gouvernements de pays en développement ou donateurs, avec des organismes internationaux d’aide au développement, avec des entreprises privées et avec des instituts de recherche, sans parler des autres organisations non gouvernementales et caritatives. Nous tenons à être le meilleur partenaire possible, ce qui suppose avant tout de bien comprendre les priorités de chacun – et d’exposer clairement les nôtres.

Pour mener les programmes à bien, perfectionner et employer les moyens mis en œuvre et faire changer les comportements, nous devons également bien appréhender le contexte local. Il est essentiel d’avoir des partenaires dans chaque pays si l’on veut imaginer et appliquer des approches innovantes ancrées dans les réalités locales.

Nous voulons réunir à la même table tous les points de vue (et toutes les solutions possibles). Nous ne voulons négliger aucune piste susceptible d’être efficace.

La lutte contre le tabac

Je suis impressionnée par nos partenaires. Ils nous montrent ce qui est possible et, parfois, nous prouvent que certaines choses peuvent fonctionner encore mieux que nous ne le pensions.

Pour moi qui ai consacré une grande partie de ma carrière à l’exercice de la médecine et à la recherche en cancérologie, la lutte contre le tabagisme n’est pas un vain mot.

Plus d’un milliard d’individus dans le monde consomment du tabac. Utilisés conformément à leur indication, ce sont les seuls produits grand public qui tueront la moitié de leurs utilisateurs. Près de six millions de personnes meurent chaque année des suites d’une maladie liée au tabac, y compris plus de 600.000 non-fumeurs exposés au tabagisme passif. Si la tendance actuelle perdure, l’épidémie tabagique pourrait tuer plus de huit millions de personnes chaque année d’ici à 2030, dont 80 % dans des pays en développement.

Depuis 2008, la Fondation Gates a alloué plus de 225 millions de dollars à des partenaires qui s’efforcent d’enrayer cette épidémie tabagique dans plus de 30 pays d’Afrique et d’Asie. Nos efforts avaient commencé par un investissement dans l’initiative Bloomberg, qui demeure à ce jour un partenaire clé.

Pour un air plus pur

À la fondation, nous avons une petite cellule chargée des programmes de la lutte contre le tabagisme. En tant que directrice générale, je me réjouis de disposer d’une équipe habile qui élabore et gère un portefeuille d’aides financières dans ce domaine. Mais ce qui m’enthousiasme plus encore est de savoir que nous pouvons ainsi vraiment tirer le meilleur parti des connaissances et de l’expérience de nos partenaires et des pays que nous aidons.

Notre rôle consiste à être à l’écoute des besoins de ces pays et à fournir à un ensemble de partenaires bien structuré les moyens de mettre en œuvre les principales mesures de contrôle de la consommation de tabac élaborées sur la base de données concrètes.

Un remarquable exemple de maîtrise de la consommation de tabac menée par pays est actuellement à l’œuvre aux Philippines : en 2013, le gouvernement philippin a tenu bon face à l’intense opposition de l’industrie du tabac en adoptant la loi sur l’impôt Sin, une disposition révolutionnaire qui a augmenté jusqu’à 820 % les taxes sur le tabac.

Au bout d’un an seulement, le gouvernement a reçu 980 millions de dollars de recettes fiscales supplémentaires, soit beaucoup plus que prévu. Les prix des cigarettes ont augmenté également, ce qui s’est traduit par une baisse générale du tabagisme aux Philippines, très marquée chez les jeunes adultes (18-24 ans) et chez les très pauvres en particulier. Les sommes économisées sur l’achat de produits du tabac devenus plus onéreux peuvent être consacrées à l’acquisition d’articles domestiques de base.

Et ce n’est pas tout.

Les recettes de l’impôt Sin ont presque doublé le budget du ministère de la Santé philippin et ont permis de financer l’extension d’une assurance maladie intégralement subventionnée pour plus de 43 millions de Philippins pauvres, multipliant ainsi par près de trois le nombre de familles dans le besoin concernées par le programme national d’assurance maladie.

Voilà le type d’action sanitaire qui me réjouit véritablement : non seulement elle fait régresser l’épidémie tabagique, mais elle permet en plus de dégager des revenus alloués au renforcement du système de santé.

La surprenante histoire d’un dangereux parasite

Parmi nos missions fondamentales figure la lutte contre les maladies infectieuses, en particulier celles qui touchent les plus pauvres. Nous consacrons une large part de notre action sanitaire à des maladies telles que la polio, le paludisme, le VIH/SIDA, les diarrhées, la pneumonie ou la tuberculose, auxquelles les populations qui vivent dans la pauvreté paient un très lourd tribut.

Nous accordons également la priorité à ce qu’on appelle les maladies tropicales négligées (NTDs), qui n’ont attiré jusqu’ici que peu de dons ou d’attention. Pourtant, plus d’un milliard d’individus souffrent d’une ou plusieurs maladie(s) tropicale(s) négligée(s), faisant de cette intervention médicale conjointe la plus vaste de l’histoire – et en même temps la moins connue.

Ce sont les maladies des laissés-pour-compte, ceux qui vivent dans les lieux les plus difficiles à atteindre, avec le moins de moyens, et ont un accès très limité aux soins – lorsqu’il existe.

Pourtant, les progrès réalisés pour l’une de ces maladies tropicales m’ont agréablement surprise : il s’agit de la trypanosomiase africaine, aussi connue sous le nom de « maladie du sommeil ».

La maladie du sommeil est une infection parasitaire transmise par la mouche tsé-tsé qui menace des millions de personnes en Afrique subsaharienne et qui tue presque 100 % des malades s’ils ne reçoivent pas de traitement.

“Nous disposons de la solution pour éradiquer la maladie du sommeil (une pathologie auquel le monde ne prête aucune attention).”

   

Or, voici la surprise : nous disposons de la solution pour éradiquer la maladie du sommeil (une pathologie auquel le monde ne prête aucune attention), et le succès pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense.

Les progrès réalisés en Ouganda montrent déjà ce qu’il est possible d’atteindre. En 2007, on comptait près de 300 cas dans ce pays. En 2013, ils n’étaient plus que dix. Cette année, seuls quatre ont été recensés.

C’est exactement pour cela que la Fondation Gates investit dans l’innovation. Il existe aujourd’hui de nouvelles technologies de diagnostic, de nouveaux médicaments en phase d’essai clinique et de nouveaux produits insecticides, sans compter – et j’emprunte ici à l’arsenal de la lutte contre la polio – la contribution d’une cartographie et d’une micro-planification extrêmement sophistiquées pour mieux cibler nos efforts.

La maladie du sommeil, maladie mortelle transmise par la mouche tsé-tsé, affecte de manière disproportionnée les pauvres des régions rurales de l’Afrique. Aujourd’hui, l’éradication de cette maladie est à portée de main grâce aux progrès du dépistage, du traitement et de l’élimination des vecteurs de sa transmission.
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Dépistage : Un premier dépistage par voie de test sanguin est suivi d’un test sanguin de confirmation ou par aspiration du ganglion lymphatique. Ceux dont les résultats sont positifs font alors l’objet d’une ponction lombaire en vue de déterminer le stade d’avancement de la maladie. À l’avenir, les dépistages se feront par un test sanguin rapide unique.
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Traitement : Depuis des décennies, le seul traitement était à base d’arsenic et mortel dans jusqu’à 10 % des cas. Plus récemment, des médicaments plus efficaces ont été utilisés, mais ils requièrent une administration par injection ou sous perfusion dans un centre médicalisé et durent au moins 7 jours. Deux médicaments en cours d’essais cliniques sont à prise orale.
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Lutte contre les insectes : Pendant bien des années, la lutte contre la mouche tsé-tsé utilisait de vastes pièges coûtant jusqu’à 482 dollars É.-U. au km2. Les nouvelles « mini-cibles » sont de plus petite taille et moins onéreuses, environ un dollar pièce, soit 85$ pour couvrir 1 km2.
La maladie du sommeil : une attaque sur trois fronts

Toutefois, les innovations n’ont d’intérêt que si elles peuvent atteindre les populations qui en ont besoin. Ce raisonnement est particulièrement vrai dans en République démocratique du Congo, où les cas sont les plus nombreux, mais où l’inadéquation des financements, l’inaccessibilité et l’absence de priorité n’ont pas permis de faire avancer nos efforts.

Nous avons besoin de gens qui croient, tout comme nous, qu’un monde débarrassé de la maladie du sommeil est possible. D’où la question à se poser : pouvons-nous fixer des objectifs plus ambitieux ?

La réponse est sans hésiter un très grand « oui ! ».

Une des raisons pour lesquelles nous sommes optimistes est que nous voyons de plus en plus de partenaires du secteur privé accroître leurs ressources et leurs compétences au-delà de la norme pour la santé et le développement dans le monde.

Un partenaire commercial est à l’œuvre pour chaque dimension de la lutte contre la maladie du sommeil : contrôle de la population d’insectes, diagnostics et traitement.

Afin que les marchés fonctionnent aussi pour les plus pauvres, la Fondation Gates prend des risques financiers que le secteur privé ne peut pas, ou ne veut pas, se permettre. Dans le cas de la maladie du sommeil, toutefois, des entreprises luttent contre une pathologie qui ne leur ouvrira aucun débouché ni perspective de bénéfice, mais qui leur donne l’occasion d’influer sur la santé publique.

En d’autres termes, les partenaires du secteur privé impliqués dans la lutte contre la maladie du sommeil le sont pour une raison simple : parce que c’est une bonne chose.

J’ai passé une partie significative de ma carrière à travailler dans les biotechnologies et je m’émerveille devant ce qui peut arriver lorsque des sociétés privées se consacrent activement aux problèmes des populations pauvres. La responsabilité sociale des entreprises constitue une voie possible pour avoir un impact positif sur la vie des plus démunis. Nous voulons également combler les lacunes du marché par le biais de partenariats avec le secteur privé qui seront mutuellement bénéfiques. Si chacun de nous utilise au mieux les atouts dont il dispose, personne ne devrait être surpris des possibilités qui s’ouvriront alors.

Leçons tirées de projets éducatifs aux États-Unis

Depuis sa création, Bill et Melinda ont souhaité que leur fondation se consacre à l’éducation, qu’elle évolue et rectifie sa trajectoire au fur et à mesure de ses expériences. Nous cherchons à enrichir nos connaissances en permanence. Un de nos principaux domaines d’apprentissage réside dans notre travail sur l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.

Nous croyons fermement que l’instruction est la passerelle qui ouvre les opportunités aux Etats-Unis. Mon collègue Allan Golston s’est exprimé avec passion sur ce sujet lors d’une rencontre avec des experts de l’éducation l’an dernier.

Pourtant, nous devons bien constater que faire changer l’ensemble du système représente une véritable lutte.

Pour trop d’étudiants aujourd’hui, la voie vers une vie prospère et épanouissante est bloquée et incertaine. L’édition 2015 de l’enquête ACT sur les conditions de préparation des candidats à l’enseignement supérieur (Condition of Career and College Readiness) révèle que 40 % seulement des futurs étudiants possèdent le niveau requis dans trois des quatre compétences de base requises pour entrer à l’université : anglais, lecture, mathématiques et sciences. Ajoutons que le score est encore moins bon pour les étudiants de couleur.

Cette statistique ressemble aux données d’un mauvais problème, mais elle recouvre une réalité. Il est vraiment difficile de créer davantage d’établissements d’enseignement public de qualité.

“Nous croyons fermement que l’instruction est la passerelle qui ouvre les opportunités en Amérique.”

Je suis persuadée toutefois, que tous les étudiants peuvent réussir s’ils sont tirés vers le haut ; et lorsque leurs enseignants ont des attentes claires et cohérentes des résultats que doivent atteindre leurs élèves à la fin de chaque année, la passerelle se dégage. Les normes de référence nationales communes (Common Core State Standards) aident à déterminer ces attentes.

Nous avons commencé à distinguer des signes d’amélioration des résultats des élèves dans certains des États qui ont adopté ces normes, et notamment dans le premier d’entre eux, le Kentucky, qui constitue un exemple remarquable.

Afin d’appliquer les normes communes, le Kentucky a impliqué la population locale et travaillé avec les parents, les enseignants et les directeurs d’établissements pour mettre en place un système interconnecté de normes, de consultation et de soutien des enseignants, et d’évaluation chiffrée dans le temps. Il s’ensuit que, dans cet État, le pourcentage d’élèves remplissant trois des quatre critères de référence ACT pour entrer à l’université est passé de 27 à 33 % entre 2011 et aujourd’hui, alors que la statistique à l’échelle nationale est restée inchangée. Cet écart positif de six points de pourcentage représente un réel signe de progrès.

Pour réussir, il faut un engagement fort et volontaire. Des critères exigeants et des attentes élevées n’ont aucun sens si on ne donne pas aux professeurs les moyens d’aider les élèves à les atteindre.

Malheureusement, notre fondation avait sous-estimé le niveau de ressources et d’assistance requis pour que notre système d’enseignement public soit correctement équipé au regard des normes fixées. Nous avons manqué une première occasion d’impliquer suffisamment le personnel éducatif – au premier rang desquels les professeurs –, mais aussi les parents et les populations, ce qui a empêché le décollage auquel on pouvait s’attendre avec la mise en place des normes.

Bill et Melinda Gates rencontrent des lycéens de la Betsy Layne High School, dans l’est du Kentucky.

C’est une leçon que nous a été difficile à accepter, mais elle nous tient à cœur. La mission consistant à améliorer le système éducatif aux Etats-Unis est à la fois vaste et compliquée, et la Fondation Gates n’a pas toutes les clés.

Mais chaque rude leçon apprise ne fait que renforcer notre engagement en faveur de la réussite des enseignants et des étudiants.

Tous les professeurs et tous les élèves devraient avoir accès à un matériel pédagogique de la plus haute qualité. Or, beaucoup trop de provinces font état d’une difficulté à identifier ou à élaborer des supports conformes aux normes nationales communes, ce qui signifie que les enseignants passent leur temps à adapter ou à créer leur programme, à concevoir leurs cours et à rechercher du matériel supplémentaire.

L’un des aspects les plus intéressants de mon travail consiste à rencontrer les équipes éducatives pour recueillir leur point de vue. Or, personne ne connait mieux l’enseignement que les enseignants. Nous mettons donc les bouchées doubles pour nous assurer qu’ils ont tout ce qu’il leur faut pour faire le meilleur usage de leurs capacités exceptionnelles.

Les contenus numériques et les outils d’aide aux devoirs (je pense notamment à LearnZillion, Better Lesson et à EngageNY) offrent à des millions d’enseignants une solution de substitution attrayante aux livres scolaires traditionnels.

Nous finançons un partenariat avec EdReports.org, une sorte de « Que Choisir » de l’enseignement primaire et secondaire américain, pour la publication de rapports et de tests de supports pédagogiques gratuits et accessibles en libre accès pour les enseignants. Les professeurs de tout le pays auront davantage de moyens pour rechercher, concevoir et exiger du matériel pédagogique de qualité, conforme aux normes nationales.

Notre voyage au pays de l’enseignement américain est loin d’être achevé, mais c’est de toute façon une odyssée au long cours. Je suis sûre que les leçons que nous retiendrons de nos partenaires et, avant tout, des équipes éducatives, aideront le système scolaire américain à redevenir le puissant moteur d’égalité qu’il doit être, comme nous le pensons tous.

Imaginez ce qui est possible

Pour finir, je voudrais vous parler d’Haliru Usman.

Monsieur Usman est un fonctionnaire nigérian chargé de la salubrité de l’environnement, qui recueille des échantillons d’eaux usées qui sont ensuite soumis au test de détection du virus de la polio. J’ai fait sa connaissance alors que je visitais l’état de Kaduna pour en savoir plus sur le suivi de cette maladie, l’une des innovations essentielles nécessaires pour atteindre l’objectif de son éradication de la surface du globe.

Monsieur Usman était fier de son travail parce qu’il savait qu’il contribuait à sauver des vies et à épargner des souffrances.

Haliru Usman, agent de santé de l’environnement, analyse des eaux d’égout au Nigeria pour détecter la présence du virus de la polio.

Il avait raison. Un mois après ma visite, le Nigeria atteignait le repère symbolique d’un an sans polio. Pour la première fois depuis que les statistiques existent, l’ensemble du continent africain a connu une année entière sans enfant paralysé par un poliovirus.

Cette avancée est le résultat de décennies de travail acharné du Global Polio Eradication Initiative (GPEI). Bien avant que la Fondation Gates n’intervienne, les membres de ce partenariat public-privé étaient à l’avant-poste et œuvraient à faire disparaître cette maladie. Aujourd’hui, le progrès de la lutte contre la polio est simplement magnifique.

À l’heure où le monde s’attaque aux derniers obstacles à l’éradication de la polio (le Pakistan et l’Afghanistan), nous voici encore à nous demander : et si… ?

Et si nous faisions usage du meilleur de la science et de la technologie, tirions parti de partenariats mondiaux et mobilisions des héros et des agents des services de santé comme Monsieur Usman pour atteindre des objectifs visionnaires après plusieurs décennies de travail ?

C’est un grand honneur de collaborer avec tant d’autres personnes qui se dévouent pour trouver la réponse historique à cette question.

Lorsque nous aurons éradiqué la polio, nous aurons éliminé l’un des plus anciens fléaux de l’humanité. Mais cela signifiera aussi que le monde se sera appuyé sur les bases des possibles pour faire disparaître d’autres pathologies qui affectent de manière disproportionnée les populations les plus pauvres.

Nous sommes convaincus que concrétiser cette vision – une vision qui a démarré avec l’ambitieux objectif d’un monde sans polio – est tout à fait possible. Voyez jusqu’où cela nous a mené.

Et, si nous nous levons tous ensemble pour nous attaquer à de nouveaux objectifs mondiaux, je vous laisse imaginer jusqu’où nous pouvons encore aller…

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